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15 mai 2019

Sonia Lakignan : « Il n’est écrit nulle part que la programmation est une affaire d’hommes »

Yves Kokoayi
Yves Kokoayi
Journaliste et Manager de Tech228, Yves est un amoureux inconditionnel des médias. Il nourrit une passion particulière pour l'innovation dans les médias et les sujets liés au numérique et à l'entrepreneuriat.
Sonia Lakignan : « Il n’est écrit nulle part que la programmation est une affaire d’hommes »
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Ingénieure en Génie Logiciel, Développeuse web, Sonia Lakignan fait partie de cette nouvelle génération de femmes qui brisent les clichés du secteur de la technologie depuis longtemps assimilé aux hommes. Nous l’avons rencontré en marge de l’édition 2019 de l’International Women Day dont elle a royalement coordonné l’organisation. Elle nous raconte pourquoi elle a décidé de faire carrière dans la Tech et comment elle vit ce choix.

Qui est donc Sonia Lakignan ?

Je suis développeuse Web mais j’aime me définir comme une fille passionnée des Technologies de l’information et de la communication (TIC). Après l’obtention d’un Baccalauréat scientifique en 2009, je me suis inscrite en Système Informatique et Logiciel dans une école de la place où j’ai décroché un BTS en Informatique de Gestion. Ce premier diplôme en poche, j’ai fait un break dans mes études pour suivre une formation d’un an en Anglais. A la suite de cette formation, j’ai repris les études pour me spécialiser en Génie Logiciel. Trois ans après, je décrochais mon diplôme d’Ingénieure en Génie Logiciel. Aujourd’hui, je travaille comme Web Developer dans une startup togolaise.

Excellent parcours. Comment en es-tu arrivée là ?

A la base, je voulais être Médecin ou Pharmacienne à cause de ma passion pour la biochimie et les sciences naturelles mais les circonstances ne s’y prêtant pas, je me suis finalement tournée vers la Tech en m’inscrivant en Systèmes Informatiques et Logiciels. J’avoue que ma première année à l’université fut difficile. Je me sentais un peu perdue dans cet univers qui m’était totalement inconnu. Ce n’est qu’à partir de la deuxième année que j’ai commencée par y voir plus clair. J’ai compris que je ne m’étais pas trompée de voie le jour où j’ai écrit mon premier projet. Le code présentait un bug que je n’arrivais pas à résoudre. J’ai passé plusieurs nuits blanches à chercher une solution et quand j’ai finalement trouvé, je vous assure que j’ai hurlé de joie. Pour tout vous dire, la joie qui m’avait animé ce jour-là, je ne l’avais jamais ressenti auparavant. D’ailleurs, je crois que tous les développeurs partagent cette même joie à chaque fois qu’ils arrivent à résoudre des bugs. Ce qui me plaît dans ce métier c’est le côté puzzle, on est tout le temps confronté à des énigmes qu’il faut résoudre.

En quoi consiste le développement Web ?

Il y a toute une multitude de réponses à cette question, mais pour faire simple, je dirai que le développement web consiste à concevoir des applications web. C’est-à-dire, utiliser des langages (HTML/CSS, JavaScript, PHP, JAVA, Python) pour écrire des programmes qui sont ensuite exécutés par les ordinateurs. Ces programmes sont mis en place sur Internet et déployés sur des serveurs. En fonction des besoins des propriétaires des applications web, ces derniers peuvent être composés de textes et d’éléments graphiques ressemblant à un document ou être interactives, affichant des informations qui évoluent.

Raconte-nous ton expérience en tant que femme développeur.

Durant mon parcours universitaire, j’étais parmi les rares filles, pour ne pas dire la seule dans la spécialité que j’ai choisie. C’est à cet instant que j’ai compris que j’étais dans un domaine prétendu réservé aux hommes. J’emploie le mot prétendu parce que nulle part, il n’est écrit que la programmation est un métier ou une affaire d’hommes. La preuve, le premier programme informatique a été écrit par une femme : la Comtesse anglaise Ada de Lovelace en 1843.

Pour tout vous dire, je n’ai jamais été victime de préjugés ou discriminations sur mon lieu de travail.  J’ai eu la chance de travailler avec des personnes pour qui, ce qui compte, c’est d’être passionné par son travail. Et moi, je vis à fond ma passion qu’est « le code ». Cependant, il est vrai que certaines femmes évoluant dans le domaine se sont senties discriminées ou encore harcelées sexuellement sur leur lieu de travail. Mais cela ne devrait pas être un frein pour elles. J’ai un ami qui me dit souvent ceci : « Il faut te focaliser sur ce que tu sais faire de mieux, écrire des codes, les projets que tu réaliseras parleront pour toi ».

Je pense aussi que de nos jours, les mentalités changent ce qui permet à plus en plus de femmes d’entrer dans l’industrie technologique. C’est une bonne chose pour les écosystèmes quand on sait le rôle important que joue la gente féminine dans l’économie mondial.

Quel regard portes-tu sur la femme en général dans le secteur de la technologie au Togo ?

Le constat est unanime. Les femmes sont encore fortement sous-représentées dans le domaine de la Tech au Togo et sur le continent en général. En Afrique, les filles continuent d’être soumises à des restrictions sociales et culturelles dans certaines communautés. Leur accès difficile à l’éducation, à la science et au financement pour la recherche entrave leur avancement et les empêcher d’atteindre leur plein potentiel. Pour relever le défi de la disparité entre les hommes et les femmes dans ce secteur, il faut soutenir et promouvoir la formation des femmes et des filles dans les sciences technologiques. C’est l’un des barrières qui empêchent les jeunes femmes de se lancer dans une carrière technologique. Aussi, il nous faut mettre plus en valeur celles qui excellent dans le milieu afin d’inspirer les plus jeunes. Il nous faut plus de modèles. C’est ce que nous faisons d’ailleurs chaque année lors de l’International Women Day, un événement qu’organisent les Women Techmakers Lomé dont je fais partie.

International Women Day? Qu’est-ce que c’est ?

L’International Women’s Day est un événement mondial proposé par Google dans le cadre de son programme Women Techmakers. Cet événement se déroule à travers le monde pendant le mois de Mars ou Avril. Le thème de l’édition de cette année était : « I’m remarkable ». Il a permis de mettre en avant le rôle de la femme dans la Tech, de montrer qu’elle est capable si elle a confiance en elle, de créer, développer, innover, entreprendre de grandes choses malgré les obstacles. Au cours de l’événement, nous donnons la parole à des femmes à succès afin de susciter de nouvelles vocations et de prouver que la gente féminine à sa place dans ce milieu.

Que peuvent apporter les femmes à la scène Tech togolaise ?

Je pense que les femmes ont beaucoup à apporter. Elles sont des actrices majeures de la vie économique et sociale de notre pays. Je pense d’ailleurs, qu’en tant que femmes nous n’avons pas à faire des preuves par rapport à notre genre mais à nos compétences et réalisations.

Quels conseils donnerais-tu aux femmes qui souhaitent embrasser ce secteur comme toi ?

Pour devenir développeuse, il faut être passionnée, engagée et patiente. Si vous êtes du genre à vite baisser les bras, vous devez y réfléchir à deux fois. Pour être un bon développeur, votre formation ne suffira pas. Il faut suivre des tutoriels, lire des articles ou encore participer à des événements Tech. Vous devez être curieuses. Préparez-vous aussi à passer des nuits blanches et à sacrifier des weekends devant votre ordinateur à écrire des codes et à développer des petits programmes qui plus tard deviendront de grands projets, vos grands projets. Pour finir : Ne laissez personne vous définir, vous êtes ce que vous décidez d’être.

Merci Sonia

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